dimanche 18 mai 2008


jeudi 6 mars 2008

Le jeu de dupes...



Une longue étendue de sable gris largement ouverte sur la mer, constamment battue par les vagues : c’était, à Bougie (je ne me résous pas à dire Bejaïa), la plage où l’on pouvait emmener les enfants en vacances. C’était Bougie-Plage.
Quatre cousins décident d’éterniser cette fin d’après-midi au moment de prendre le chemin du retour.
Celui qui a eu l’idée, Tomas, est sur la photo, au milieu.
Celui qui a choisi l’angle et qui prend le cliché c’est l’ainé, Edouard, plus précis et plus compétent que les autres. Les trois sur l’image sont franchement rigolards.
Le plus jeune, Michel, rit sans se cacher, innocemment.
L’autre, sur la gauche, Claude, jette un regard complice vers Tomas et le pousse du coude. Tomas plus dissimulé, regarde le sol et, un peu sournois, réprime un sourire. Car, bien sûr, la photo n’est pas faite pour enrichir l’album des souvenirs de vacances, le vrai sujet, en vérité c’est ce qui se passe au deuxième plan : trois filles en train de se changer.
C’était le ballet habituel.
Pour se rhabiller après le bain, les filles, sur la plage, en plein jour, sans le moindre abri, devaient ôter leur maillot et remettre leurs vêtements. Leur pudeur exigeait que les autres filles leur portent assistance à tour de rôle en tendant des serviettes pour que les garçons ne puissent pas les voir dans ce moment furtif mais délicat où elles devaient être nues. Les serviettes n’ont jamais autant mérité leur nom de « sorties de bain ».
L’idée de la photo était donc de fixer l’image des trois copines qui nous accompagnaient ce jour-là, dans le vain espoir que l’habileté du photographe parviendrait à trouver l’ouverture pour, enfin, percer le mystère auquel les draps de bain faisaient écran. Espoir déçu, bien entendu ! Mais le document reste là pour qu’on se souvienne. Pour que l’on constate tristement que deux des quatre cousins ont disparu. Déjà.
Mais surtout pour montrer que, bien avant Alain Souchon, nous nous amusions à jouer à ce jeu.
Ce jeu de dupes, voir sous les jupes des filles.
.
.
.
Tomas del Pormenor : Cuando calienta el sol
.

jeudi 21 février 2008


Trop occupée à avancer
sur la route cahotique de ma vraie vie,
j'ai un peu négligé ce chemin de traverse,
ouvert sur la toile,
entre mon père et moi...
Me revoilà, les poches pleines de ces cailloux
que je sème
pour qu'en les trouvant il ait peut-être envie
de raconter ou bien même d'inventer
un peu de son histoire, un peu de notre histoire.
...

jeudi 18 octobre 2007

La maison de pierre


C’est comme cela qu’elle s’appelle depuis qu’une petite fille de sept ans a dit gaîment : « on est bien dans la maison de pierre ». Elle est née comme un projet nouveau d’une famille qui se rassemblait dans l’envie brusque et étrange d’avoir une maison à soi. Pour bien le montrer elle a un monogramme qui entremêle les lettres « R » et «V» les initiales des deux branches réunies dans ce projet commun.
Peu à peu, elle est devenue le lieu de réunion d’une famille et de ses amis. La joie de la voir habitée fait oublier tous les efforts, toutes les peines et soins qu’elle a exigés et qu’elle demande encore…
Mais surtout, je ne peux m’empêcher de penser que cette construction de pierre et de mortier m’a ancré quelque part. Pour longtemps et sans doute même pour toujours.
Avant de décider de la commencer j’étais vaguement persuadé que je n’étais de nulle part. Que je pouvais passer ma vie à changer d’horizon. Rien ne m’était plus étranger que l’idée de m’arrêter et de me fixer à un endroit précis.
En 73 j’avais écrit un sonnet qui commençait par une citation :
« Ainsi toujours poussé vers de nouveaux rivages, »
« Sans jamais se fixer ni jamais se lier »
« Des bords du Pacifique aux rives de l’Allier »
« Faudra-t-il qu’à nouveau Valère déménage ? »
Je n’ai plus jamais rien écrit de semblable.
Si je continue à m’interroger sur cette longue période de ma vie où, c’est horrible à dire, je ne me sentais appartenir définitivement à aucun pays, ni même à aucune nation, je ne le fais que pour finir de m’expliquer à moi-même.
Finalement cette maison de pierre sèche hourdie au mortier de chaux m’a guéri. Elle a couté cher mais sans doute moins qu’une longue psychanalyse….

Tomas del Pormenor : De cal y canto.

mardi 25 septembre 2007

Por buen camino !

Brassens célébrait « la première fille qu’on a pris dans ses bras ». Pourquoi ne pas s’attendrir un instant sur sa première vraie voiture ? Le dernier modèle de chez Peugeot : équipée et gainée de cuir qui fleurait bon, c’était la première voiture que j’avais choisie et qui était à moi. Bien sûr, il y en avait eu bien d’autres auparavant : le camion GMC* de l’armée américaine naturalisé français où j’ai appris à faire le double débrayage, la jeep qui fonçait dans le lit des oueds asséchés du Sahara, la 203 Peugeot bariolée des couleurs de DOP et MONSAVON qui équipait le prospecteur que j’étais en visite chez les épiciers de la France profonde, la 2CV Citroën aux couleurs d’Ambre Solaire dans les rues d’Alger, la Dodge Dart rouge qui m’enseigna le mépris total des feux rouges à Mexico, la Ford Falcon bleue qui rendit l’âme entre les mains de mon successeur sans doute par fidélité à son maître et bien d’autres encore. Mais la seule vraie, la première qui compte c’est celle là. Elle rappelle les longs voyages vers la Provence, en famille. Et, dans les promenades en ville, l’émerveillement du petit garçon qui se tenait toujours debout derrière moi et prenait sa part de responsabilités en criant « vert Papa ! » pour m’inviter à démarrer au croisement, sans tarder, dès que le feu changeait de couleur, ou encore « canard, canard ! » à l’adresse des autres automobilistes tous maladroits, bien entendu, et qu’il convenait de rappeler à l’ordre !**
Tout cela est loin. Bien d’autres voitures se sont succédé. Mais aujourd’hui j’ai bien peur qu’un imbécile vert, ceint d’une écharpe tricolore, ne veuille m’obliger à monter sur un vélo….
Si c’est comme ça, je préfère m’en aller. J’aime mieux le TGV, carrément. J’ai déjà dans ma vie eu à choisir entre la valise ou le cercueil, alors, à mon âge, qu’on n’essaie pas de me contraindre à choisir entre le vélib et le train à grande vitesse !



*C’est en conduisant ce type d’engin qu’on m’a remis un permis de conduire militaire que j’ai, tout simplement, une fois démobilisé, échangé contre un permis civil. Je n’ai en réalité jamais passé mon permis, mais ça il ne faut pas le répéter !

**C’est depuis cette époque que le nom de cet innocent volatile de basse-cour est utilisé par toute la famille comme une invective polie mais pleine de sens.



Tomas del Pormenor : « Calles y caminos »

lundi 6 août 2007

Des millions d’amis.


Le climat aquitain est doux. Dans les Landes, au milieu des pins, les pieds dans le sable, à deux pas de l’étang de Cazaux et des roseaux qui le bordent, on est tranquille.
La maison de résinier* de mon copain Jean-Pierre (encore un !) est simple mais très confortable et l’accueil s’inscrit dans la bonne tradition du sud-ouest…
Noir de barbe et de cheveux, je lis.
Quoi ? Un livre d’histoire ? Un traité de management ? Un roman ? Classique ? Récent ? Peut-être « Le pull over rouge » qui vient de sortir ?
En tout cas, l’air de concentration austère du lecteur laisse penser que le livre n’est pas très rigolo. Pour garder le contact avec la réalité je compte sur un bon bâton (une branche de pin taillée et épluchée le matin même) et sur un petit chat qui m’a choisi parmi les habitants du lieu pour se faire caresser dans le calme au lieu de rester dans les pattes des olibrius qui ont envahi sa maison le temps d’un week-end. J’aime bien les chats. Les chiens aussi. Et bien d’autres animaux bourgeois.
Le chat de la maison l’a bien compris lui. Il ne va pas grossir les rangs de ceux qui s’autorisent à penser que je déteste les animaux sous prétexte que je n’en ai pas chez moi. Il ne hurle pas avec les loups ! Non. Il a compris d’instinct cette vérité toute simple : j’adore les animaux domestiques…dans la maison des autres.


*Le résinier n’est pas un monsieur fatigué et revenu de tout qui se retire à la fin de sa vie, amer ou découragé, à la campagne. Non, c’est tout simplement un ouvrier dont le métier consiste à gemmer les pins pour recueillir la résine !


Tomas del Pormenor : Perros y gatos.

vendredi 27 juillet 2007

Le piment : moteur de l’histoire* ?


Des centaines de variétés qui vont du petit rouge agressif au gros poivron vert charnu et doux, je les aime tous. Souvent méprisés, écartés de la cuisine bourgeoise des pays dits avancés, ils ornent, accompagnent ou assaisonnent pourtant quotidiennement les mets fades ou insipides de presque tous les pays tropicaux ou simplement ensoleillés. Je souffre de cet ostracisme. Si je trouve du poivre sur toutes les tables je n’y vois jamais de piment ! Et comment manger du riz, du couscous, des penne arrabiata, des tacos de carne, bref, toutes ces choses qui conviennent à mon appétit, sans un peu de piment ?
Le piment réveille, excite. Il dope, il dynamise. Il donne du pep, du tonus, de l’énergie, du courage, de l’héroïsme même.
Mao Tse Toung aimait la cuisine épicée. Il disait : « Il n’y a que les peuples qui mangent du piment qui savent faire la révolution ». Et il prenait comme exemple les Chinois, les Cubains, les Mexicains et….les Français.
J’ai beaucoup mangé de piment autrefois. Je devais être un peu révolutionnaire. Au fil des ans, je m’aperçois que j’en mange moins. Et du coup je sens que je me suis assagi.

*Marc Ferro a écrit un livre où il explique que le ressentiment est un moteur de l’histoire. Je pense, en réponse, écrire un autre livre. J’ai déjà trouvé le titre.


Tomas del Pormenor : Morrones y Jalapenos.

vendredi 13 juillet 2007

Du pétrole et des idées. (A rare case of oil addiction)

La photo date de la fin des années 40. A cette époque on ne connaissait que le noir et blanc. La couleur venait seulement de faire son apparition au cinéma avec les films en technicolor souvent tournés 10 ans plus tôt à Hollywood…L’automobile était rare et la pompe à essence actionnée à bras. Dans ce quartier de la Marine où je suis né on se chauffait et surtout on s’éclairait encore parfois au pétrole : le pétrole lampant. C’est ce liquide huileux et inflammable que l’on verse, là, en ce moment, dans le petit fût, un estagnon de 50 litres, à travers le mince tuyau qui sort de la boutique. Une fois plein, on le hissera sur le diable qui se cache derrière l’arcade. Puis le petit commis mozabite le transportera jusqu’à l’épicerie où le précieux liquide sera revendu au détail, par litre ou demi-litre, aux habitants du quartier. On ne voit pas qui actionne la pompe. Peut-être moi ? Dès quatorze ou quinze ans j’ai souvent fait marcher la pompe et tenu la boutique pendant les vacances ou le jeudi. J’y ai gagné de très honorables biceps, le sens du respect du client à qui il fallait dire merci deux fois plutôt qu’une pour un achat de deux francs cinquante, et une certaine aptitude au calcul mental à force de compter de tête pour rendre la monnaie.
Malgré le magnifique spectacle de la méditerranée que l’on aperçoit au fond, et du port d’Alger auquel l’immeuble fait face, mes horizons étaient limités. Au dessus de la boutique dans l’ombre de l’arcade on ne voit pas l’ouverture étroite d’une fenêtre. C’est celle d’une soupente aménagée en atelier dont j’avais fait mon bureau. La petite centaine de mes classiques Larousse achetés un à un, sou par sou devrais-je dire, étaient rangés sur l’établi à côté d’un minuscule bureau. Une table de travail si étroite que j’avais du mal à y ouvrir en même temps le Gaffiot et le Georgin. Mais j’étais bien, là, dans ma soupente. Seul, dans le silence de la nuit, au milieu des livres, travaillant mais aussi rêvant à tout ce qui occupe l’esprit d’un adolescent. De temps à autre, des voisins qui rentraient tard du cinéma ou d’un dîner en ville, voyant ma lumière allumée, m’interrompaient pour s’étonner que je veille si tard. Ou pour m’interroger sur ce que je faisais. Ils m’encourageaient aussi : « Alors, quand c’est qu’tu passes le bac ? » « Pas possible ! Déjà ? Et après ? Tu sais pas ? Pourquoi tu fais pas maître d’école ? Tu veux faire étudiant toute ta vie ou quoi ? » J’avais un fan club avant l’heure. Ils étaient un peu fiers de moi sans autre raison que de m’avoir connu tout petit et parce que peu d’enfants du quartier semblaient vouloir ou pouvoir s’engager dans des études longues.
Le docteur de la famille avait dit que les vapeurs d’essence et de pétrole étaient malsaines et que je compromettais ma santé à rester durant des heures dans cette soupente. La suite lui a donné tort : je me suis parfaitement habitué à respirer ces effluves et même à les trouver agréables, voire stimulantes et presque indispensables……
J’avais écrit au fusain sur le mur blanc au dessus de la fenêtre « Ceux qui peuvent font, ceux qui ne peuvent pas enseignent ». Voilà comment, loin d’écouter les recommandations de tous ceux qui, autour de moi, croyaient que la promotion d’un garçon pauvre et sa sécurité pour la vie entière passaient forcément par le statut d’instituteur, j’ai décidé très tôt de suivre d’autres inspirations.

Je suis persuadé que les vapeurs de pétrole y sont pour quelque chose. Elles m’ont sans doute inspiré pendant que je les respirais. Et, finalement, loin de me nuire, elles m’ont plutôt donné des idées.

Tomas del Pormenor : Mi ninez en Argel.

mercredi 13 juin 2007

No te rajes !



create your own slideshow

Un gala de présentation de coiffure. Une soirée comme les autres. Enfin presque, mais pas tout à fait. La salle est grande, la scène spacieuse. Les gens sont venus nombreux ce soir. Ils sont assis par rangées, les uns derrière les autres, sans rien dire. Ils regardent. Et soudain, il se passe quelque chose sur la scène comme si c’était vrai : un monsieur qui n’est pas coiffeur va coiffer réellement un vrai mannequin avec de vrais cheveux. Et c’est vrai : il le fait !...
Le jeune homme en chemise à col Mao et sanglé dans un costume de shantung (ou de tussah ?) bleu-nuit est légèrement crispé. Il joue gros. Le mannequin, charmant, est tout sourire. C’est une pro qui s’amuse sans doute de sa propre audace : elle confie sa chevelure aux mains forcément inexpertes d’un amateur. Pour tout arranger, le public est, dans son écrasante majorité, composé de… coiffeurs ! De vrais professionnels qui coiffent tous les jours dans leur salon et qui en vivent ! Ils ne s’étonnent pourtant pas de cette étrange représentation parce qu’en réalité tout est de leur faute. N’ont-ils pas eu, un beau jour, l’idée de lancer un défi à leurs fournisseurs ? Eh oui, ils ont mis au défi ceux qui dirigent les grandes maisons qui leur vendent des shampooings, des teintures, des permanentes ou des laques, de venir, en personne, coiffer en public afin d’être jugés par eux. Bien sûr beaucoup ont refusé. Ce soir, donc, seuls ceux qui ont accepté de se retrousser les manches et de courir le risque du ridicule sont là. Pour tourner la difficulté ils ont plaisamment triché en présentant des mannequins préparés en coulisse et, en réalité, pourvus d’une perruque. Mais, un seul, celui qui est là sur la photo n’a pas eu recours à ces artifices. Après un entrainement acharné, mais nocturne et secret, il a carrément « dégagé » la coiffure, à la brosse, sur scène. Puis il a soigneusement crêpé les mèches à la base, formé le volume dans le mouvement choisi et finalement laqué avec Elnett pour faire tenir le tout.
Pendant qu’ in petto il dit : ouf , le public crie : olé à plein poumons! Alors, comme de juste, il gagne le grand prix baptisé « El premio de la Amistad » qui lui est remis par la plus célèbre des coiffeurs-artistes de ce pays à cette époque : Juanita VALENCIA.
Et pourquoi tout ça ? Parce que dans ce pays qui a inventé pêle-mêle le guacamole, le chile jalapeno, et le corrido revolucionario, on a aussi inventé le machismo ! On ne peut jamais reculer surtout quand on est mis au défi de faire quelque chose d’impossible. Au pays de Pancho VILLA on ne se défile pas. Celui qui refuse d’affronter le défi est un cobarde.
Au Mexique on dit : « Hombre, no te rajes ! »

Pour finir cette histoire, je peux révéler, après quarante ans de silence, que le monsieur-coiffeur-improvisé atteignit dès le lendemain de ce gala une certaine célébrité et que, dans les mois qui suivirent, les ventes de L’Oréal Mexique augmentèrent d’un bon trente pour cent !..

Pas mal, non ?

lundi 28 mai 2007

La mecedora

Dans le silence de la maison de pierre, un grand-père regarde sa petite-fille. C’est un bébé mais c’est déjà elle qui prend toute la lumière. Elle ne sait pas encore que dans quelques semaines on ira la baptiser dans le village provençal où une branche de sa famille est présente depuis bien longtemps. Elle y croisera peut-être le souvenir de cette grand-mère qu’elle n’aura pas connue et qui avait apporté sa contribution pour que la petite église soit maintenue en bon état. Elle peut déjà voir, à travers la porte-fenêtre, la terrasse où, cet hiver, elle fera ses premiers pas…
Elle babille, elle sourit. Bientôt elle s’assoupira. « .. Dormir, rêver peut-être ?... »
Le grand-père de son côté assume son nouvel état. Il endosse avec une certaine gravité le rôle de l’aïeul. La main pousse doucement la petite chaise à bascule et, probablement, il chante. Pas la berceuse de Jocelyn, trop difficile quand on est assis. Plutôt la barcarole :
« Dites la jeune belle,
« Où voulez-vous aller ?
« Ce soir le vent se lève,
« La brise va souffler…
Ou encore, pour rester dans l’atmosphère de cette maison si pleine de souvenirs du Mexique :
« Si yo fuera tecolote
«No me cansaria en volar.
«Me esperaria en mi nidito
«A que me traigan de comer.

Pendant que tourne dans sa tête un mot espagnol si doux à prononcer : la mecedora.

jeudi 17 mai 2007

Comment réussir un bon mélomane ?


Comment réussir un bon mélomane ?
(Une recette du chef andalou Tomas del Pormenor)


Prenez un jeune spécimen ordinaire (ou doué, mais on n’est jamais sûr d’avance). Faites-le mariner toute sa petite enfance dans une famille où l’on chante tout le temps et plutôt bien. De préférence des arias et morceaux bien choisis du répertoire lyrique.

Sur un phono à pavillon posez de temps à autre des galettes. Faites-leur faire 78 tours. Sa petite oreille apprendra ainsi à distinguer les timbres, les tessitures et le phrasé des plus belles voix du temps passé.

Laissez-le apprendre par cœur quelques airs et vérifiez qu’il chante juste et en cadence. (Très important)

Tout en continuant, commencez à lui faire éplucher des œuvres légères, faciles à digérer. Vers dix ou douze ans commencez à l’enfariner, selon ce que vous avez sous la main, dans de l’Yvain, du Planquette, de l’Audran, ou du Christiné. Toutes ces marques conviennent mais le Messager est particulièrement recommandé. On peut, selon les goûts, malaxer un chouïa de Francis Lopez malgré le risque d’alourdir le futur mélomane et déclencher des allergies (syndrome de mariano).

Quand l’imprégnation est suffisante, vers quatorze ans, passez en souriant, mais sans rien dire, à Franz Lehár. Si le sujet absorbe sans difficulté ajoutez, sans attendre, une dose massive d’Offenbach. Battez et faites mousser. Terminez en saupoudrant généreusement d’une bonne cuillérée à dessert de Belle Hélène.

Après avoir décelé le pastiche du trio patriotique de Guillaume Tell qui s’y trouve habilement caché, glissez naturellement vers Rossini. Sans tourner le dos, continuez à tartiner abondamment toutes les ouvertures puis terminez en badigeonnant largement tout ce qui reste du Barbier de Séville. Le sujet commence à rosir avant d’atteindre une première forme d’addiction. Faites réduire.

Vers la seizième année on peut rajouter quelques morceaux de Massenet, Halévy, Meyerbeer, mais surtout du Léo Delibes et du Gounod nettement plus goûteux. Nappez ensuite d’extraits de Perles de Bizet, et d’une épaisse couche de Carmen. Recommencez plusieurs fois l’opération jusqu’à saturation complète.

Enfournez avec précaution dans un foyer à l’italienne. Le moment est délicat. En effet, si la chaleur romantique de Verdi pose peu de problèmes, l’ajout progressif d’un grand bol japonais de Puccini et d’une larme furtive de Donizetti (ou de Bellini car cela ne change rien au goût) demande un soin particulier. Contrôlez régulièrement.

Filtrez puis laissez reposer pendant plusieurs années.

Vers trente ans (ou plus tôt, selon la qualité du sujet) offrez des chocolats achetés exclusivement à Vienne, chez Sacher, tout près du Staatsoper. Le chocolat n’a aucune importance, même s’il est excellent, mais sur la boîte le sujet découvre le portrait d’un jeune homme en perruque qui s’appelle Wolfgang Amadeus Mozart. Dès qu’il s’y sera plongé, plus rien ne pourra l’en sortir. C’est fini : le sujet est à point. Le mélomane est prêt.

Certains aiment rajouter d’autres ingrédients : du sirop baroque de Lulli, Haendel voire même Rameau. Cela dépend des goûts. Il est même possible de flamber le tout à l’extrait de Berlioz : l’effet est fantastique. En revanche il est conseillé de se tenir prudemment à l’écart des tonitruantes projections de Richard Wagner.


Voilà. Vous pouvez transmettre la recette à toutes vos amies.

mercredi 9 mai 2007

Go west !

Quand on est né dans un port et que l'on a passé son enfance à regarder des bateaux aller et venir, il est bien naturel de rêver de voyages, et de grands départs vers de nouveaux horizons. C'est le syndrome du Marius de PAGNOL. Quand on a, en outre, dans ses gènes, l'héritage d'ancêtres qui ont tous choisi d'émigrer on n'a guère de marge pour échapper à son atavisme...
Voilà comment, il y a cinquante ans, à quelques jours près, je prenais un bel avion à hélices, un super-constellation, qui me ferait franchir l'Atlantique. Le dernier cri de l'aéronautique qui ne mettait que douze heures pour atteindre New-York avec une seule escale à Gander ou à Goose Bay!...Tellement excité que je n'ai pas pu dormir! Guettant par le hublot l'arrivée à Terre-Neuve puis à Idlewild (qui deviendra JF Kennedy bien après). America, America, le film d'Elia KAZAN n'était pas encore tourné mais j'avais le sentiment de venir chercher là la confirmation de l'admiration que j'éprouvais pour ce grand pays. En me rappelant que j'avais vu-de mes yeux vu- les premiers G.I. débarquer à Alger, devant ma fenêtre, le matin du 8 novembre 1942. J'avais 8 ans!... Et en me souvenant de Victory, le magazine illustré édité par la U.S. Army, dans lequel j'ai commencé, tout seul, à apprendre l'anglais.
Oui, depuis un demi siècle, je reste attaché à ce pays. Oh, je sais bien que je ne suis pas à la mode; mais que voulez-vous: moi, je suis fidèle. Je ne me sers pas de mon esprit critique pour donner des leçons à qui n'en demande pas, et je n'utilise pas ma mémoire que pour y trouver matière à me battre la coulpe. Je déteste la médiocrité. Et j'aime le mot de GRAMSCI : "Il faut avoir le pessimisme de la lucidité et l'optimisme du courage"

mercredi 25 avril 2007

Quand? Pâques 1974 il me semble. Patdéf et blouson, cheveux longs et lunettes noires, avec un air d'agent secret qui cherche son honorable correspondant. (But, alors, I risk énormément!) Et qui passe devant les propylées pour aller vers le temple d'Athéna Niké, la victorieuse! Moi avant quarante ans. Et une femme aimante qui me regarde et qui prend cette photo....Eucharisto!.....